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TOITURES végétalisées, colonisation urbaine

De la vie sur les toits de la ville !

Si la ville d'hier est au béton, la ville de demain se colore de végétal. La faune et la flore s'invitent à chaque recoin, toit et mur. Les professionnels, que j'ai pu écoutés à la Rencontre "Toitures végétalisées et biodiversité" du vendredi 16 mars au Ministère de la Transition écologique, expérimentent cette patiente colonisation pour le bien commun de tous.

 

Les toitures végétalisées ne sont pas que des "moquettes rouges orangés" qui tapissent le haut des bâtiments. Elles sont un milieu à part entière : un bon substrat, peu d'entretien et la patience à observer les plantes pousser et la faune habiter.

Toiture de sedum à Lille.
Toiture de sedum à Lille.
Toiture de dunes du groupe scolaire Césaire à Nantes par Phytolab
Toiture de dunes du groupe scolaire Césaire à Nantes par Phytolab

C'est quoi au juste ?

Toutes les formes de végétalisation ne se valent pas. Un gazon vert proprement tondu a peu d'avantage face à une prairie fleurie spontanée. Le projet d'apporter de la biodiversité en ville va bien au-delà du "greenwashing" (procédé de marketing dans le but de donner une image écologique responsable).

Le travail de colonisation végétale des toits est minutieux. Des professionnels s'y engagent ensemble : industriels, paysagistes, écologues, architectes... Les toitures des bâtiments sont avant tout un environnement anthropisé. En France, la recherche sur ce sujet n'en est encore "au tout début des incertitudes".

La terminologie scientifique décrit les typologies de toitures végétalisées en trois groupes distincts : intensive, semi-intensive et extensive.

 

Il s'avère que ces catégories ne satisfont pas tous les professionnels. Pour eux, celles-ci devraient plutôt être classées pour leur faculté écologique, à vocation plus naturelle, plutôt qu'en terme de gestion et de substrat. En effet, une toiture au substrat épais peut finalement demander très peu d'entretien et être riche en faune et flore. Inversement, une toiture au substrat léger tapissé d'une pelouse tondue est plus gourmande en gestion et en eau.

Comment planter sur les toits ?

SURFACE

Avoir un grand espace pour une toiture végétalisée n'est pas gage d'efficacité et de réussite. Plus la toiture est petite, plus elle propose de biodiversité par la densité végétale et la facilité d’interactions de la faune et la flore. Elle est aussi plus facile d'entretien.

 

ENTRETIEN

Les pratiques envisagées s'élaborent dès la conception. La gestion qu'elle soit intense ou très légère façonne la vie de la toiture. Il s'agit alors de bien définir le suivi possible de cet espace. Différentes possibilités s'offrent aux gestionnaires mais sans obligation : la fauche, l'irrigation, le système d'arrosage plus ou moins artificiel. Il est également possible de laisser faire et d'observer. Le temps est à l’œuvre.

 

SUBSTRAT

Préférer le circuit court c'est possible, pour la mise en place d'une toiture végétale ! La démarche du Département de la Biodiversité de la Seine-Saint-Denis est exemplaire. Leur projet de toiture végétalisée consiste à reconstituer le sol par le réemploi des déchets urbains, au lieu d'importer la matière première d'ailleurs.

Ce choix de substrat alternatif est tout à fait envisageable les aménageurs :

> Il nécessite très peu de fauche, seulement les ligneux.

> Il n'y a pas besoin d'arrosage.

> La création de dénivelé est possible et permet de favoriser des milieux différents.

> Il faut attendre 3 ans pour que les plantes s'installent vraiment.

PLANTATIONS

Préférons la mixité des plantes par l'association de légumineuses, de plantes grasses, de graminées, pour attirer une variété d'insectes ; même les champignons peuvent être accueillis !

La qualité du sol est très importante pour attirer les insectes. Un sol constitué de sable argileux est plus naturel que le substrat commercial. Il offre à la plante, au lotier par exemple, un nectar plus sucré qui raviront les abeilles et papillons.


Pourquoi un toit végétal ?

POUR LA BIODIVERSITÉ

Il s'agit d'attirer la faune et la flore : les études de l'Agence Régionale de la Biodiversité en Île-de-France ont observé une variété d'insectes, plutôt originaires des milieux chauds et secs tels que des punaises, des abeilles, des fourmis mais aussi des escargots ! - Comment ont-ils grimpé sur les toits ? - On observe également des oiseaux et des petits rongeurs.

 

POUR TAMPONNER L'EAU

En ville, le ruissellement des eaux pluviales est à minimiser car il cause de nombreuses inondations. En campagne aussi, les sols sont trop souvent imperméabilisés à cause de l'agriculture intensive. C'est pourquoi la toiture végétalisée permet la rétention des eaux pluviales, elle a un rôle de tampon intéressant pour nos territoires.

C'est cependant un point de vigilance car le tamponnement des eaux de pluie est aléatoire. Pour être vraiment efficace, le substrat nécessite d'être épais : au moins 15 cm.

 

POUR L'ISOLATION DU BÂTI

Les toitures végétalisées permettent de maintenir la fraicheur et la chaleur du bâtiment, et tout naturellement, en accueillant les oiseaux !

Pourquoi ne pas remettre la terre de remblais directement sur le toit du nouveau bâti construit !
Pourquoi ne pas remettre la terre de remblais directement sur le toit du nouveau bâti construit !

POUR DES BÂTIMENTS LIÉS À L'ENVIRONNEMENT

Lorsque l'on construit, la terre est déblayée pour être stockée ailleurs afin d'accueillir le bâtiment et son souterrain. La démarche de la toiture végétale permet en revanche de réduire la quantité de terre déplacée, plutôt que de la transférer dans un espace de stockage lointain.

 

POUR LA CONQUÊTE SAUVAGE DE LA VILLE

Il s'agit de créer un écosystème hors-sol, nouveau et singulier, qui s'apparente aux milieux ferroviaires secs.

Les toitures végétales en ville deviennent un lien en pointillé de la trame verte et bleue, tel un pas japonais dans notre territoire.

L'entreprise Topager réalise une recherche expérimentale sur les toits du Musée d'Histoire Naturelle de Paris. Ils mettent en place le drainage et le substrat afin d'observer la colonisation végétale spontanée. Ils observent qu'en utilisant un substrat plus organique (déchets verts, marc de café, bois ramifié fragmenté etc), la colonisation est plus rapide et la végétalisation plus forte que sur un substrat commercial de pouzzolane et de billes d'argile. Cependant, c'est actuellement la solution commerciale qui est acceptée par les bureaux de contrôle. Topager observe également que la diversité des plantes spontanées est comparable au milieu de prairie urbaine, avec 17% de plantes locales, typiques des pelouse sèches et sableuses.


Accepter la vertu aléatoire de la toiture végétale

La sécheresse est une problématique contraignante de la toiture végétalisée. Si on veut éviter l'utilisation de l'irrigation ou un système d'arrosage artificiel, il faut compter sur notre chère pluie. L'étude de l'équipe scientifique de l'IUT d'Avignon et de l'Université de Louvain en Belgique s'orientent vers les pelouses sèches naturelles, de type des steppes. Il s'agit là de s'inspirer de ce qu'offre la nature, d'aller voir les milieux spontanés, plutôt que de confectionner un produit. Ces pelouses sont plutôt composées d'annuelles. Apportées sous forme de graines, les annuelles ont le mérite de se régénérer l'année suivante même si elles ont subi une sécheresse. Il n'y a pas besoin de fauche car les espèces spontanées arrivées par les éléments, sont finalement filtrées et disparaissent avec l'été sec. La sécheresse du toit remet alors en jeu la communauté végétale. Chaque année la toiture a une apparence différente !

Les ajouts favorables au dispositif

Associer des panneaux solaires est idéal car ces derniers apportent de l'ombre. Ils offrent alors aux plantes un rafraichissement qui les feront passer l'été sans encombre !

 

On peut associer à la toiture des murs végétalisés pour établir une connexion mur / toit, qui offre encore plus de continuité et de diversité. Les architectes Chartier Dalix ont multiplié les possibles par la complexité architecturale du projet de l'école de Boulogne-Billancourt, pour sa toiture et ses murs. 1400 blocs de béton ont été conçus pour accueillir un maximum de situations favorables à l'installation de la faune et la flore le long des murs. L'école ne s'entretient pas et n'a pas besoin de ravalement de façade. Le bâtiment accepte la phase dite "sale" pour accéder à la phase de végétation luxuriante.

 

Qu'attendons-nous pour végétaliser tous les toits de nos villes et villages ? Le coût ne peut être un frein car la végétation peut coloniser spontanément, si on la laisse faire.


Références


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Membre de la Fédération Française du Paysage
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